un club
différent
"Le
football n'est pas un art - mais c'est un art de jouer un beau
football" (Ruud Krol)
L'Ajax
Amsterdam represente quelque chose de particulier, d'unique, dans
le football. Une ambition, une culture du beau jeu, collectif,
technique, spectaculaire et essentiellement offensif.
Et
avec, en plus du style, un palmares exceptionnel:
29
titres de champions des Pays-Bas, 16 coupes, 1 coupe de l'UEFA,
1 coupe des vainqueurs de coupes, 4 coupes des Champions, 3 super-coupes
d'Europe, 2 coupes intercontinentales.
Mais,
repetons-le, le resultat ne suffit pas : la maniere est essentielle,
comme le dit la devise :
"
Ajax is art " !
1-
l'apport historique
L'Ajax
Amsterdam a révolutionné le football mondial dans
les années 70 en lui apportant une nouvelle conception,
qui, mise en pratique par des joueurs d'exception, générait
un jeu spectaculaire et apportait les plus éclatantes victoires.
Le "football total", selon l'expression de Rinus Michels,
basé sur la participation de tous les joueurs aux différentes
phases de jeu, les défenseurs montant pour soutenir l'attaque,
en pratiquant la défense en ligne, et les attaquants reculant
pour aider la défense, connut alors son apogée,
qui devait marquer à jamais le football mondial. Trois
victoires successives en Coupe d'Europe des clubs champions, de
1971 à 1973. Puis ce fut la coupe du monde de 1974 en Allemagne,
où les Pays-Bas, menés par Cruyff, dominent la compétition
mais échouent de justesse en finale face au pays organisateur,
n'en laissant pas moins un souvenir inoubliable dans le cur
de tous les amateurs de football offensif.
Puis
le retour au sommet européen se fit par étape :
coupe des vainqueurs de coupe en 1987, et coupe de l'UEFA en 1992.
Pour culminer en 1995, lorsque l'Ajax remporte la Champions League
en démontrant que ses pourtant jeunes joueurs, entraînés
par van Gaal, forment la meilleure équipe du monde. L'année
suivante l'Ajax laisse échapper la victoire en finale à
l'épreuve des tirs au but.
Hélas,
cette décennie 90 est aussi celle de l'arrêt Bosman
qui donne le coup d'envoi à une déréglementation
tous azimuts inspirée par l'idéologie économique
libérale qui favorise les clubs les plus riches en leur
permettant de recruter sans limite des joueurs d'autres nationalités
(si communautaire), et de les faire venir sans indemniser vraiment
leur club de départ si le contrat du joueur est parvenu
à son terme.
Ainsi,
les clubs formateurs les plus prestigieux, au premier rang desquels
l'Ajax, furent pillés sans recevoir de contrepartie financière
conséquente. Et leur chance de conserver durablement leurs
meilleurs joueurs furent sensiblement réduites, et de même
la possibilité de régner à nouveau sur le
football mondial s'est éloignée, malgré l'excellence
des jeunes joueurs.
De
cette situation est née la tentation pour la direction
du club de se replier sur une culture moins ambitieuse sur le
plan sportif, celle dite de la "nursery de l'Europe"
: l'Ajax, sans obtenir de résultat significatif sur le
plan international ces dernières années, pourrai
atteindre un certain confort économique en se contentant,
de manière non dite bien entendu, d'être le fournisseur
de talents de premiers ordre pour les clubs les plus riches du
monde (et donc d'Europe). Joueurs dépistés, formés,
aguerris au plus au haut niveau, puis vendus ( avant la fin de
leur contrat).
Or
il est essentiel pour l'Ajax de garder intacte l'ambition des
victoires au plus haut niveau.
Les supporters veillent à ce que cette culture demeure
vivante.
"les rêveurs de jour sont dangereux car ils jouent
leur rêve les yeux ouverts pour le rendre possible."
( T.E. Lawrence)
2-
la culture du football offensif
Le système
de jeu caractéristique de l'Ajax donne la priorité
à l'offensive en se basant sur la maîtrise du ballon,
ce qui n'est possible que grâce à des joueurs excellents
techniciens. La formation type est 4-3-3 ou 3-4-3.
Le jeu implique
une utilisation très poussée des côtés
avec de vrais ailiers de débordement, relayés et
soutenus par les défenseurs latéraux.
L'avant-centre
remet vers le meneur du milieu offensif qui devient "shadow
striker".
Le gardien est capable de tenir un rôle de dernier défenseur,
jouant parfois même au pied en dehors de sa surface.
3-
les supporters
Alors
que dans nombre de grandes villes européennes (Paris, Madrid,
Rome,
), certains des supporters les plus fanatiques des
clubs locaux sont instrumentalisés par des factions racistes
qui défigurent les stades et sont la honte du football,
les supporters de l'Ajax se démarquent totalement.
Aucune
manifestation raciste, ni aucune trace d'extrémisme malsain
parmi les supporters les plus inconditionnels de l'Ajax.
A l'inverse, une de leurs particularités est depuis les
années 80 de s'être auto-désignés comme
"Joden", c'est-à-dire "juifs", en réponse
à certains supporters adverses qui croyaient les insulter
en les qualifiant ainsi (article paru dans "le Monde"). Cette fière
solidarité avec une minorité attaquée est
dans la tradition historique d'Amsterdam (article paru
dans "l'Humanité").
L'étoile
à six branches fait donc partie des signes de ralliement
des supporters les plus fervents de l'Ajax, en particulier ceux
du F Side. Ces derniers sont connus pour leur défense intransigeante
du club, parfois critique à l'égard de sa direction,
et pour leur sens de l'humour qui s'est longtemps exprimé
dans le fanzine "De Ajax Ster" (l'étoile de l'Ajax).
Parmi de nombreuses anecdotes, on peut citer celle de la vache
introduite clandestinement sur le terrain de l'Arena afin d'exprimer
le mécontentement des supporters sur la qualité
alors déplorable de la pelouse (photo Ajax Foto Side).