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Un club différent
Le football international actuel : le constat, et les propositions de Cruyff
Le football est pris, depuis les années 90, dans un contexte marqué par une déréglementation effrénée, avec la concentration du capital qu'elle induit et le creusement des inégalités par rapport aux clubs les plus riches d'Europe qui monopolisent les vedettes à des prix de transfert qui ne cessent de croître.
De plus, la marchandisation de ce sport va bon train, générant des recettes publicitaires sans équivalent dans les décennies précédentes. Les prix des places atteignent des sommes que ne peuvent payer les supporters les moins fortunés.
L'Ajax ne peut dans ce contexte conserver très longtemps ses meilleurs joueurs, et est donc tenté de jouer un rôle d'incubateur des jeunes talents, décelés et formés, avant d'être transférés à des clubs de championnats plus riches (parce qu'ayant un marché national plus large qu'aux Pays-Bas).
D'où ces constatations :
- un niveau de jeu parfois médiocre et stéréotypé (cf. la finale 2003 de la Champions League, Euro 2004 "revival du catenaccio")
- une dérégulation des transferts qui permet le pillage organisé des clubs formateurs, accompagnée par une organisation de la Champions League favorisant outrancièrement les championnats les plus en vue en leur accordant plusieurs représentants, ce qui garantit la participation systématique de leurs clubs les plus riches à cette lucrative compétition
- un jeu d'intérêts économiques (TV/pub/investisseurs) qui s'auto-légitiment en mettant en scène des vedettariats paillettes et , ainsi qu'une mythologie des "grands championnats" (pas toujours confirmée par les résultats, en dépit des quotas et autres tirages au sort protégés)
Au printemps 2004, Johan Cruyff, dans le magazine Voetbal International, donnait des pistes de réflexion :
"respecter les différences de cultures"
"En Angleterre, ils aiment le football anglais, en Allemagne ils aiment le football allemand, et aux Pays-Bas on aime le football hollandais. Ce sont des différences de culture considérables. L'enjeu est gagner, perdre, attaquer, défendre, s'amuser et faire un bon spectacle. Le tempérament des italiens est différent de celui des hollandais. On peut peut-être appeler ça une différence de goût. Nous voulons gagner tout en jouant un football agréable. Nous nous excusons presque si nous gagnons en jouant en contre, et nous nous refusons à jouer un jeu défensif. Pour les italiens, la seule chose qui compte est de gagner, peu importe la manière. Leurs clubs ont quelques excellents joueurs, cependant rien ne compte moins que le spectacle. C'est le résultat final qui importe.
Nous pouvons trouver cela étrange, mais ce n'est pas notre affaire. c'est la mentalité italienne et nous devons la respecter. En tant qu'entraîneur, je n'ai jamais eu à avoir honte de l'état d'esprit ni des résultats de mon équipe, mais je respecte toutes les cultures. (...)
En Angleterre, les gens ont l'air un peu perdus, parce qu'ils ont plus de vedettes étrangères que d'anglaises. (...) Le football anglais a perdu son identité sous l'influence d'autres cultures. En fait, je constate que le niveau des équipes nationales de plusieurs pays décline. C'est un vrai problème (...). L'UEFA et la FIFA devraient s'accorder pour rendre obligatoire pour les clubs la présence d'au moins 6 joueurs nationaux dans chaque équipe. Ainsi l'on protégera le football de chaque pays, tout en garantissant aux jeunes joueurs des possibilités d'évolution, en les faisant jouer davantage sans qu'ils aient à passer leur temps sur le banc à cause du nombre de joueurs étrangers."
6 + 5
Devant une situation marquée par une concentration croissante des meilleurs joueurs sur quelques clubs, un appauvrissement économique des clubs formateurs, et une fuite en avant financièrement désastreuse de nombreux clubs de premier plan, les instances dirigeantes du football international en sont venues à faire leurs les préconisations initiées par Cruyff.
Ainsi S.Blatter Président de la FIFA est-il amené à présenter son projet de "6+5" (obligation pour les clubs d'aligner six joueurs nationaux dans le onze de départ). Le 6 octobre 2008, devant les députés européens, il s'émouvait d'une "perte de l'identité nationale" avec "certaines équipes comptent 11 nationalités différentes et aucun joueur originaire du pays de leur équipe". Avant d'ajouter : "Le sport n'est pas seulement une activité économique, mais bien un élément de notre culture." La question posée par le "6+5" est celle de la formation et de la fuite des talents vers les clubs les plus prestigieux et les championnats les plus riches.
Mais le Parlement européen, prisonnier là comme ailleurs des dogmes libéraux, voit dans le "6+5" une contradiction avec la législation européenne en matière de libre circulation des travailleurs. Le président de la FIFA argue de la spécificité du sport. " Le '6+5' viendra, c'est seulement une question de temps".
De son côté, depuis la saison 2006-2007, l'UEFA a imposé dans les compétitions de clubs (Ligue des champions, Coupe de l'UEFA) un nombre minimum de joueurs formés au club sur les 25 sélectionnables. L'UEFA définit les joueurs formés localement comme des footballeurs qui, indépendamment de leur nationalité, ont été formés par leur club ou par un autre club de la même association nationale pendant au moins trois ans entre l'âge de 15 ans et l'âge de 21 ans.
Il y a urgence car, outre les dégâts sur le plan sportif, la bulle financière menace d’exploser. Ainsi, en Espagne, selon une étude de l’Université de Barcelone parue en mai 2009, la dette accumulée par les clubs de la Liga atteignait 3,4 milliards d’euros en 2008…